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Dessins: Cuvelier
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L’érotisme selon Van Hamme et Cuvelier
Publiée d’abord en 1968, Époxy vient de paraître dans la collection « Signé » des éditions du Lombard. Suite à un accident de voilier en Grèce, Époxy, jeune et jolie mortelle, se retrouve dans une dimension parallèle et fantaisiste : le monde mythique des tout-puissants dieux du panthéon Grec, qui s’amusent à jouer avec la destinée humaine. Époxy, au cours de ses péripéties, rencontrera des dieux et des déesses qui l’initierons aux plaisirs et aux douleurs de la chair, l’un n’allant parfois pas sans l’autre. De tableaux en tableaux, qui se succèdent à un rythme effréné, Époxy est ballottée d’une situation érotique à l’autre sous les yeux du lecteur, sans qu’elle ait le moindre pouvoir sur sa propre destinée. Soumise, on la devine pourtant curieuse, avide de nouvelles sensations qu’elle recherche pas toujours. Tous les lieux communs de la littérature érotique sont présents dans cette bande dessinée : le lesbianisme pur des Amazones, particulièrement celui de la pulpeuse reine Hippolyte ; le fétichisme d’Iso, jolie noire vêtue de cuir et maniant le fouet de main de maître(sse) ; le voyeurisme, à la fois d’Argos, le géant aux cent yeux, et du lecteur, pour lequel le dessinateur lève parfois coquinement les voiles vaporeux qui cachent à peine les chairs enflammées ; la chambre de torture, dans laquelle se mêle sans distinction le plaisir de souffrir et le plaisir de faire souffrir ; la bestialité, lorsqu’Époxy se fait prendre par un taureau blanc ; l’orgie qui emmêle les corps échauffés lors des fêtes des Anthestéries, sorte de bacchanales offertes à la gloire du dieu Dionysos. On voit que Van Hamme connaît bien tous les délicieux secrets de la littérature érotique. Surtout, il met en place un intensivisme brûlant, communiqué particulièrement par le voyeurisme des cent yeux d’Argos et par la relation physique d’Époxy et du dieu ithyphallique Priape, dont le membre était réputé immense. Mais, outre le sexe pur et dur, comme lorsque Époxy se fait prendre gracieusement de force par trois hommes, « car le poète l’a chanté… il y a trois chemins qui mènent au cœur de la femme… », il existe des moments remplis de tendresse et d’amour, avec Hermès, notamment. Finalement, au terme de son voyage initiatique, Époxy ne peut que devenir partie intégrante du monde fantastique qui lui a appris le plaisir, la douleur, la peine et l’amour. Le dessin explore les courbes enchanteresses des femmes, qui sont livrées dans leur réalité, sans exagération, sans caricature. Parce qu’il s’agit d’érotisme, et non de pornographie. Ce n’est pas le genre de BD qu’on ne lit que d’une main, mais qui charme l’œil par son esthétique du corps humain délicat, recherché. Les hommes également sont bien campés, musculeux, vigoureux, mâles. La mise en scène, sans grande audace, nous offre parfois, cependant, des moments de pur délice. Comme, par exemple, lorsque Hippolyte relève la robe d’Époxy pour dévoiler ses fesses charnues uniquement pour les regards voyeurs du lecteur. Comme, également, lorsqu’Époxy est emportée par une tempête, et que ses jambes s’écartent subtilement afin d’accueillir le désir du dieu du vent, Zéphyr, à la planche 51 (p. 53). En somme, Époxy porte bien son nom : elle est un pont entre deux dimensions différentes, le lien de chair unissant le monde ordinaire et la quête d’un plaisir insoupçonné. Un BD qui se lit bien, et qui s’apprécie d’autant plus si l’on est familier avec les thèmes érotiques. Qui serait davantage un roman érotique dessiné qu’une BD, à cause du caractère elliptique de l’érotisme, centré sur le plaisir. Un expérience de lecture pour le moins sensuelle. Analyse: Esther Ouellet
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