Histoire sans héros

Dessins: Dany
Éditeur: Le lombard
Collection: Signée
Parution: 1993

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20 ans après

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Des héros et des histoires

Histoire sans héros, publié en 1993 dans la Collection Signé des Éditions du Lombard, réunit Jean Van Hamme et le célèbre dessinateur Dany, dont la réputation n'est plus à faire. Ils nous avaient auparavant donné la courte série Arlequin.

Un avion s'écrase quelque part entre Brasilia et Panama City, tuant la moitié des occupants. Les quinze passagers survivant ainsi que les deux membres d'équipage devront tenter de survivre et de se sortir eux-mêmes de la jungle. S'ils parviennent à s'unir… Mais avant de continuer, mieux vaut présenter les " héros " de cette histoire sans héros, et les planches des pages 6 et 7 le feront mieux que personne :

N'y a-t-il vraiment aucun héros dans cette histoire ? Peut-être pas au sens traditionnel du terme, mais certains personnages se démarquent toutefois. Comme par exemple Robert T. Willemsen, qui part en expédition dans le cœur de la jungle accompagné de José, à qui il a forcé la main, afin de tenter de retrouver Van Der Meer, dont la femme vient de mourir. Non seulement il est le seul à vouloir tenter l'impossible, mais il parvient à revenir, seul et épuisé, ayant vaincu les forces de la nature. Comme aussi Tony S. Bornstein, qui combat avec un puma afin de sauver la vie du jeune Laurent, et qui paiera son courage de sa vie. Comme le Chinois Tan Sek Toh qui accepte de se sacrifier et de rester au sol, pour mourir seul et ainsi sauver les autres en guidant le ballon à travers les arbres. Qui retrouve la paix intérieure, celle que ses ancêtres chevaliers ressentaient avant un combat. Comme, enfin, l'acteur James Gray qui, en prenant de force la place de Tan Sek Toh, parvient à devenir enfin vraiment le héros de film qu'il a fait semblant d'être toute sa vie. Il jouera le jeu jusqu'au bout pour finalement redécouvrir sa propre identité. Peut-être est-ce une histoire de plusieurs héros, en fin de compte…

Il y a aussi de ces anti-héros qui vous font regretter de faire partie du genre humain. Parce qu'un drame peut faire ressortir le pire de l'homme. On note ici le pianiste Rafalowski, un pleurnichard lâche et peureux qui ne se gêne pas pour voler en cachette de la nourriture et qui ira jusqu'à remettre en question le principe bien connu du " les femmes et les enfants d'abord " dans l'espoir de sauver sa peau. Il y a aussi le lieutenant Emilio Benitez qui n'hésitera pas à assassiner froidement Timmer, le délégué de l'ONU qui avait fait un rapport sur la corruption du général Larga. Ce général Larga, enfin, qui refuse de protéger Bonstein alors qu'il combat avec le puma. Qui refuse de partager ses armes sous prétexte que la sélection naturelle permettra aux plus forts de s'en sortir. Le méchant par excellence, qui cache son regard derrière des lunettes fumées et qui mourra lorsque son regard, sa méchanceté, seront dévoilés.

Tous ces gens participeront (ou s'opposeront) au projet tout droit sorti d'un livre de Jules Verne et de la tête d'un petit garçon : construire un ballon, une montgolfière, pour s'échapper de la jungle en volant. Tous n'y parviendront pas. Et il y a ce télégramme final et ironique qui rapporte ce " prodigieux exemple solidarité humaine ".

Histoire sans héros est l'histoire des limites humaines : héroïsme, cruauté, lâcheté et espoir. Dessiné par Dany, les illustrations nous ramènent dans les années 1970, à l'époque des pattes d'ef et des chemises roses au col à longues pointes. Les toiles de fond sont soit luxuriantes de végétation soit à peine esquissées. Les couleurs sont vives, le trait est large et le dessin, finalement, ne vieillit pas aussi bien qu'on aurait aimé le croire. Un bémol au scénario : comme il y a beaucoup de personnages, qui sont tous plus ou moins principaux, Van Hamme a dû faire un choix. Les personnages ne sont pas assez développés et, lorsqu'il le sont un peu, c'est à l'aide de formules psy-pop un peu étriquées. Il suffit d'écouter James Gray justifier son acte final insensé pour s'en convaincre : " Toute ma vie d'acteur, j'ai vécu l'héroïsme par procuration. Mais ma vraie vie, elle a été inutile. Je n'ai rien créé… personne ne m'attend. J'ai 53 ans, et je ne veux pas de la pitié réservée aux acteurs vieillissants… Je choisis une belle sortie, c'est beaucoup mieux ainsi ! " On s'imagine très bien les violons miaulant avec des accents larmoyants… Et que dire du " Flash-back " final ? Un genre de post-scriptum, narré par nul autre qu'un monsieur Winch, prénom Largo, qui raconte comment est venu à Van Hamme l'idée de faire une BD sur un écrasement d'avion. Cette partie, non seulement rompt le rythme d'une BD qui, jusque là, parvenait à s'en sortir sans trop de fausses notes, mais n'est, en somme, qu'une longue auto-flatterie. Sans compter la séance de lèche adressée à Dany. On aurait pu s'en passer.

Une BD, en fin de compte, très loin de ce qu'on a déjà connu de Van Hamme. Le principe est là, mais, malheureusement, l'exploit final de James Gray vient contredire le titre : il y a un héros dans cette histoire.

Analyse: Esther Ouellet