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jvanhamme > oneshots > Vingt ans après
Une histoire sans fin
La suite d’Une histoire sans héros, qui réunissait JeanVan Hamme et le dessinateur Dany, se déroule, comme son titre l’indique, vingt ans après l’écrasement d’avion qui avait chamboulé la vie de tant de personnes. Paru, en 2001 dans la collection « Signé » des Éditions du Lombard, Vingt ans après fait partie de ces quelques rares exceptions où le deuxième volet d’une histoire est meilleur que le premier. Le scénario a tout pour intriguer. Les personnages qui ont survécu au vol en ballon qui leur avait permis d’échapper à la jungle sud-américaine meurent les uns après les autres, mystérieusement : Rafalowski, Miss Taylor, et Elena disparaissent ou meurent. Laurent Draillac, qui, en grandissant, est devenu le président d’une compagnie d’aéronautique, est kidnappé et on fait croire à sa femme qu’il est mort dans l’explosion de son hélicoptère. Le colonel Mathieu, responsable de l’opération, lui confie la mission de retrouver la carlingue du Corair 512 afin de récupérer des documents importants que transportait Uri Shamir, alias Tony Bornstein, un faux américain. Ces papiers pourraient prouver qu’un homme ayant pris le nom de Sir Anton Brenner est en réalité le Haupsturmführer Otto Kurtwängler, responsable du massacre du camp de concentration de Treblinka, et recyclé depuis dans l’organisation secrète d’Odessa, le regroupement des anciens nazis et fervents supporters des nouveaux nazis et autres Skin Head de partout à travers le monde. Or, la seule à connaître l’emplacement de l’avion, pour y être retournée à la recherche de James Gray, est Maria. Et le seul à savoir où elle se cache est Willemsen. Une véritable chasse au trésor mènera Laurent de Bangkok jusqu’en plein cœur du repaire des trafiquants d’opium, d’une léproserie isolée au milieu de l’océan jusqu’à la forêt amazonienne, le faisant au passage retrouver de vieux amis, et d’anciens ennemis aussi. Certains trahiront, d’autres se feront passer pour des traîtres, mais peu importe. Les histoires passent, mais les héros, les vrais, restent. L’histoire est beaucoup plus captivante que celle de la première BD qui, nécessité oblige, se déroulait en huis clos, emprisonnée par les murs touffus de la végétation. Le lecteur va cette fois-ci de rebondissement en rebondissement. Les explosions se suivent et ne se ressemblent pas, entrecoupées de meurtres, de morts étranges, d’identités cachées (et dévoilées), avec comme justification cette sombre histoire de nazi. Que dire de la fin, où les revirements de situation se multiplient de case en case, sinon que l’escalade nous mène à un sommet de fébrilité qui se termine bien abruptement par un geste qu’on aurait espéré autre. Mais peut-être n’est-ce que moi qui n’aime pas les questions laissées sans réponses… Le dessin de Dany s’est un peu affiné depuis le premier et on le reconnaît avec un sourire en remarquant les splendides putains asiatiques d’une maison close de Bangkok. De quoi nous rappeler certaines coquines… Les couleurs sont toujours brillantes, peut-être même un peu trop et on ne peut qu’admirer les quelques séquences où l’effet dramatique est amplifié par le contraste entre l’obscur et la lumière. On en aurait souhaité davantage. Finalement, Vingt ans après est une BD qui se lit toute seule, avec une histoire passionnante. Pour ajouter encore à l’agréable, il y a deux clins d’œil à la première BD qui méritent d’en parler : le premier est un parallèle entre l’héroïsme de James Gray et celui de Willemsen, héroïsme qui transfigure les deux personnages et leur donne l’ultime chance de devenir finalement des héros, mais au prix de leur vie ; et le deuxième une référence métatextuelle de Laurent qui vaut bien d’être citée : « Je n’avais que douze ans, Maria. Pour moi, c’est comme si je relisais une vieille bande dessinée un peu oubliée ». En somme, cette suite est bien meilleure que la première histoire et, malgré leurs différences, elles ont le même désavantage de laisser un goût amer dans la bouche. La première pour son manque de subtilité, et la seconde pour sa subtilité tellement développée qu’on ne saura jamais vraiment le fin mot de toute cette histoire. Analyse: Esther Ouellet
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