|
Dessins: Rosinski Éditeur: Le lombard Collection: Signée Parution: Mai 2001
|
jvanhamme > oneshots > western
En 2001 paraissait Western, un one-shot publié dans la Collection Signé des Éditions Le Lombard, et réunissant une fois de plus Jean Van Hamme au scénario et Grzegorz Rosinski au dessin. On se souvient que le duo nous avait offert auparavant (et nous offre toujours) l'excellent mais inégal Thorgal.
Or, l'histoire ne se déroule pas ici dans un ailleurs nordique ou dans une lointaine et exotique Amérique de Sud, mais plutôt dans le célèbre Far West américain, à l'époque où Johnson était président et où le grand Sitting Bull, le chef incontesté des Sioux, semait la terreur parmi les colons. L'histoire commence le 18 juillet 1868, alors que le grand propriétaire terrien Amerosius Van Deer arrive du Kansas par le train, accompagné de sa fille Cathy, dans un endroit nommé Fort Laramie (Wyoming), le bout du monde et du chemin de fer. Il compte y retrouver son neveu Edwin, seul survivant du massacre de toute sa famille et, lorsque la montre de Nicolas, le père du petit Edwin, atteste l'identité du gamin, Van Deer tente de l'assassiner. Or, le petit Edwin s'appelle en réalité Nathan Chisum. Son frère Jess avait monté le coup pour obtenir la récompense de 1000 $ offerte par Van Deer. S'ensuit une fusillade où tout le monde meurt excepté le jeune Nathan qui est tout de même blessé au bras. Il s'enfuit devant une Cathy éberluée, orpheline et terrifiée, en emportant l'arme de son frère et la montre des Van Deer. Il sera amputé à cause de la gangrène. Quelques années plus tard, Nathan, désormais appelé Nate Colton, se rend au fil de ses errances jusqu'au Kansas où il est engagé comme gardien pour protéger la banque de Wachita. Il tombe ainsi dans le piège tendu par le shérif Slade qui s'était associé aux bandits les plus recherchés de l'ouest, les frères Bass, afin de cambrioler la banque. C'était sans compter sur le talent de tireur de Nate qui, quoique manchot, réussit à tuer presque toute la bande des méchants qui avait pris en otage nulle autre que Cathy Van Deer, qui a grandi en beauté. Lorsque Nate sauve la vie du shérif en tuant l'autre frère Bass, revenu pour se venger, il devient la célébrité de la petite ville, mais se fait montrer le chemin de la sortie par Slade qui craint que son complot n'ait été découvert. Nate part donc pour mettre son plan à exécution. Il est engagé par Cattle Kate, Cathy, comme regulator sur son immense ranch. L'occasion se présente pour lui de dévoiler la montre qu'il a toujours gardée, et il parvient à se faire passer pour le jeune Edwin Van Deer, seul héritier mâle de la fortune des Van Deer. Alors qu'un amour coupable naît entre les deux cousins, Slade revient pour révéler, et à deux reprises, une vérité qui bouleverse tout le monde… Western porte bien son nom et possède tous les ingrédients de la bonne vieille histoire de cow-boys : des bandits sans scrupules, une banque à dévaliser, des tueurs sans vergogne qui défient la loi dont les représentants ne valent guère mieux que des gibiers de potence, une histoire d'amour interdit entre la fille riche et le pauvre cow-boy parvenu, des chevauchées endiablées dans des paysages sauvages où la menace indienne couve toujours… et surtout, la poussière de l'ouest. Rosinski renouvelle sa main comme d'autres n'y arriveraient pas, ce qui est incontestablement le signe d'un maître. Le trait est fin, moins grossier que celui des Thorgal, et les dessins sont d'un réalisme non maniéré. Malgré tout, c'est la coloration qui donne toute son ambiance à la BD. Les couleurs sont surannées, délavées par le soleil du Far West. Le brun, l'ocre, le safran et le gris dominent, mais comme affadis par l'aquarelle, tel qu'on s'imagine l'ouest de Wyatt Earp et de Jesse James : poussiéreux et sale. La seule vraie couleur est le rouge des éclaboussures de sang. Un rouge vif, ardent, criard, opaque et gras, léché par le pinceau comme à la gouache, et qui attire l'œil. Rouge qui met l'emphase sur la violence, qui l'exhibe avidement. Parce que c'est cela, un western. Le scénario fait honneur aux vieilles histoires de l'ouest mythique. L'histoire est remplie de revirements inattendus, mais est racontée avec sobriété par la voix d'un narrateur qui n'est autre que le personnage principal, Nathan Chisum. Certains passages rappellent les vieux films américains où le cow-boy déambule tristement dans des paysages époustouflants sur un cheval fatigué par la vie. Comme les deux planches des pages 16 et 17, comportant six cases chacune en pleine largeur. La voix off fait même sourire, avec ses expressions de France qui ne sont pas sans rappeler les traductions des westerns spaghetti : " J'avais aussi une montre en état de marche, une vieille carriole pourrie tirée par un canasson qui ne valait guère mieux et, surtout, une immense trouille qui me glaçait le ventre ". Un grand moment. Il est à noter que le rythme de la BD, même si l'histoire se déroule sur une période d'un demi-siècle, n'est pas rompu par de disgracieux bonds chronologiques. Ces sauts temporels sont savamment camouflés par les cinq planches en page double peintes par Rosinski avec de l'huile sur toile. Magnifique et de la plus grande habileté. Les personnages sont bien campés, sans caricature. Les gentils sont gentils et les méchants sont méchants, sans plus, sans trop. On n'y retrouve pas ces délicieux (mais un peu trop clichés) tiraillements intérieurs que les gentils/méchants ont parfois. Mais c'est peut-être, dans le cas de Nathan Chisum au moins, à cause de la fatalité, du destin incontournable qui pèse sur lui. Chaque aventure qu'il vit n'est qu'une distraction, un moyen de retarder l'inévitable destin qui l'attend à la fin. Et c'est là que réside le " punch ". Toute l'ironie provient de ce que c'est le hasard qui clôt une histoire qui semblait déterminée et gouvernée par le destin… En somme, Western est tout ce à quoi on peut s'attendre d'un bon western bien raconté avec des surprises rafraîchissantes. Mais le meilleur de l'aventure de cette lecture, et c'est tout à son honneur, c'est qu'on y croit. Analyse: Esther Ouellet
|